Le célibat n’est pas une punition, c’est un cadeau

Le célibat n’est pas une punition, c’est un cadeau

Par Catherine Mellon

Être las d’être célibataire, avoir hâte de combler son cœur avec une nouvelle moitié, se demander pourquoi on est seuls : c’est l’hymne du jeune adulte. On regarde les jeunes amoureux n’avoir d’yeux que pour eux et on se dit qu’un jour notre temps viendra, avec un petit soupir déconfit et le cœur alourdi d’une confiance chambranlante. On se demande pourquoi certains ne peinent pas à trouver l’amour, alors que pour d’autres c’est une mission semble-t-il désespérée. On se trouve des crush sans importance, pour passer le temps ou se prouver qu’on peut toujours aimer, ou encore on se crible de reproches, cherchant une explication pour notre manque de désirabilité. On se dit « quand j’aurai un chum », « quand enfin je me marierai » et c’est ainsi qu’on passe des années de notre vie à espérer que le célibat passera et qu’une fois l’amour trouvé on sera enfin heureux. Tragique.

 

L’analogie de la salle d’attente

Je trouve qu’on traite le célibat comme une salle d’attente en route vers quelque chose de mieux. On se résigne à s’y asseoir et on se plaint à nos amis que l’attente est longue. On guette impatiemment la porte, prêts à sauter sur la première occasion d’en sortir qui se présente. C’est cela le problème. Plusieurs d'entre nous allons passer plusieurs années de notre vie dans le célibat et malheureusement ce temps n’est même pas passé à en profiter, mais plutôt à suspendre son souffle en s’imaginant ce qui pourrait être plutôt qu’à profiter de ce qui est. 

Je crois que le célibat ne devrait pas être perçu comme un mal nécessaire, mais plutôt comme une phase de notre vie parmi les autres. Quel malheur ce serait de ne pas en profiter, de passer notre temps à convoiter autre chose et à espérer changer notre situation, alors que l’amour n’est pas quelque chose qui s’attrape ou qui s’achète. C’est quelque chose qui vient à nous, et qui meurt si on s’y agrippe trop fort. 


Les bons côtés du célibat

Derrière la solitude apparente du célibat se cache la liberté de découvrir tant le monde que soi-même. En faire à sa guise de notre temps et de notre argent, faire les activités qui nous plaisent et être spontané, sans avoir à planifier pour deux, plaire à la belle-famille ou rendre des comptes à qui que ce soit. C’est la liberté d’être authentiquement soi, sans compromis. Je ne dis pas que le couple brime la liberté, mais qu’on le veuille ou non, partager sa vie implique faire des sacrifices et parfois se plier aux volontés de l’autre pour coexister paisiblement. 

Pouvoir passer de nos années charnières sans avoir une autre vie intimement liée à la sienne est une opportunité en or de développer son autonomie, sa résilience face aux épreuves et se prouver capable de traverser quelconque tempête : être soi-même son ancre, stable malgré les vagues. Cela permet aussi d’apprendre à se connaître, de savoir qui nous sommes à l’extérieur du tout familial, de développer des amitiés durables et d’enfin tailler sa place dans le monde. N’oublions pas que nous sommes la seule personne avec qui nous passerons tout notre temps, de la naissance à la mort. Un soi solide permet de devenir un « nous » sain, de partager sans se perdre et d’aimer sans dépendre. 


Devoir aimer vs choisir d’aimer 

Je constate aussi chez certains une impression de devoir être à un certain stade de vie alors qu’on ne l’est pas. Je pense qu’il s’agit d’un problème chronique chez les gens qui sautent de couple en couple sans être célibataires bien longtemps. Cela traduit, selon moi, une incapacité à rester seul, à se sevrer des tendresses d’autrui et à vivre sans adoration constante. Cette dépendance à l’amour, ou du moins, à l’idée de l’amour, le transforme en un besoin à combler. Et comme pour tout besoin, nous sommes prêts à faire n’importe quoi pour le satisfaire. 

Quand l’amour devient un besoin plutôt que quelque chose d’agréable et d’incontrôlable, tel un papillon qui se pose sur notre épaule, on accepte de faire des compromis ou même sacrifier ce que nous voulons. Par exemple, si vous avez besoin de vous acheter des vêtements parce que vos bagages ont été perdus pendant une escale, manifestement, il y aura des compromis à faire pour les obtenir. Qu’ils soient trop chers, laids, inconfortables ou de piètre qualité, vous vous résignez à les acheter quand même, puisqu’il vous les faut. Il en va de même pour l’amour : quand il nous en faut, on prend ce qui s’offre à nous sans avoir la liberté de préférer ne rien prendre et on accepte les maux qui viennent avec. Au contraire, quand on magasine pour le plaisir, on peut se permettre de toucher aux tissus, contempler les modèles, attendre les soldes, tout essayer et décider que finalement rien ne fait. Donc, retourner les mains vides n’est pas un échec mais une décision. Je le répète: quand on préfère être seul que faire des compromis, on est voués à attendre plus longtemps pour ce que l’on cherche, certes, mais le choix sera plus adéquat que ce que nous aurions accepté pour combler un besoin. 


Être bien accompagné

Pour les célibataires qui attendent d’être invités en date pour faire des activités typiquement romantiques, je vous suggère ceci.  Ne vous empêchez pas de découvrir ou de faire ce qui vous plait : invitez vos amis - ils sont d’excellents compagnons. Que ce soit pour un tour dans la grande roue au Vieux-Port, visiter une galerie d’art ou pour un souper dans un bon restaurant, la romance n’est pas essentielle. Au contraire, sans masquer ses imperfections, sans peser tous ces mots ou tenter de plaire à quelqu’un d’autre, sans sentir le poids des attentes ou de la performance, n’est-ce pas plus agréable? Ne profite-t-on pas alors davantage de l’instant présent, de ce que nous faisons et de ces êtres chers? Ces amis sont des gens inestimablement précieux, qui resteront à vos côtés, beau temps mauvais temps, et il faut les traiter comme tel, avec du temps de qualité et considération.


Citation finale

Je vous laisse sur une citation de Cher, la déesse de la pop, qui disait que les hommes n’étaient pas des nécessités, mais des luxes, comme le dessert :  “ a man is absolutely not a necessity [...] I adore dessert, I LOVE men, I think men are the coolest! But you don’t really need them to live”. Soyons clairs, le message est bon pour les femmes comme pour les hommes: choisissons nos partenaires, faisons attention à nos cœurs. N’acceptons pas moins que ce que nous méritons et profitons de notre célibat et de notre liberté plutôt que passer notre présent à attendre le futur. 


Avec bienveillance et tout mon amour, 

Catherine


Source de l’image: Pinterest