Jacob LaroucheComment

Bonheur

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Bonheur

Par Jacob Larouche

Pourquoi a-t-on toujours l’impression que notre vie est en transition? Je dis on, mais… c’est peut-être juste moi. En tout cas, vous m’en direz des nouvelles.

Une transition, c’est le passage d’une étape à une autre. C’est un moment temporaire où on attend la suite des choses. Mais ça devient souvent un état intermédiaire durant lequel on se permet de tout accepter. On endure. Parce que c’est juste temporaire. Parce que ça va finir par passer. 

La vraie vie, ce sera après. Je monterai les échelons de toute façon. Bientôt, je serai externe en médecine. Bientôt, je serai médecin-résident. Bientôt, je serai patron. Bientôt, je vais faire de l’arthrose. Puis bientôt, je vais mourir…

Et si ce « bientôt », c’était maintenant? Pas dans l’idée que tout s’arrête ici, mais que chaque instant que l’on met de côté, chaque moment qu’on perçoit comme une simple transition, fait déjà partie de cette « vraie vie » qu’on cherche tant.

Le problème avec ce « bientôt », c’est qu’il recule à mesure qu’on avance. À force de courir vers un horizon toujours plus lointain, on oublie de regarder autour de nous. On oublie que chaque inspiration qu’on prend, chaque rire qu’on partage, chaque silence qu’on traverse, c’est déjà ça, la vie. Pas un brouillon, pas une version finale. C’est la première et la dernière représentation.

C’est là que réside la tragédie du bonheur : on le place comme une destination finale, un sommet à atteindre. Mais si le bonheur, c’était plutôt l’effort de la montée? Le souffle court, les paysages qui défilent, les rochers sur lesquels on trébuche? Peut-être qu’il n’y a même pas de sommet. Peut-être qu’on est déjà au sommet. Trop concentrés à regarder ailleurs pour le remarquer.

Le bonheur, ce n’est pas un trophée qui s’accroche au mur. C’est une sensation fugace, insaisissable, qui ne se laisse vivre qu’à condition qu’on ne la traque pas. C’est ce moment où tu ris tellement fort que tu t’asphyxies. C’est la side-quest sur le chemin du retour de l’école. C’est ce soir où tu marches seul sous les étoiles, et où, juste un instant, tu te sens en paix.

Et c’est peut-être ça, vivre le moment présent. Pas une recette miracle, pas un mode de vie parfait. Juste une attention, parfois maladroite, mais sincère, à ce qui est là, maintenant. À ce qui palpite en nous, à ce qui nous entoure. Non pas en attendant le prochain « bientôt », mais en se rappelant qu’il est déjà là.

Alors, pourquoi a-t-on toujours l’impression que notre vie est en transition? Peut-être parce qu’on est humains, imparfaits, à chercher du sens dans ce qui n’en a pas toujours. 

Et si tu lis ces mots, prends une grande respiration. Regarde autour de toi. Pas avec les yeux de demain, mais ceux d’aujourd’hui. C’est tout ce que tu as. Et c’est déjà beaucoup.