Peut-on vraiment parler d’amour ou d’humour dans le monde en 2025 ?

Par Jacob Lalonde
Depuis novembre 2019, le monde semble avoir heurté un mur et il ne s’en est jamais relevé. On voit une détresse psychologique grandissante au sein de la population, que ce soit envers une peur d’une future pandémie qui gèlerait à nouveau le développement socio-économique de nos pays, une crainte de la solitude ou encore une division de la population en ce qui a trait aux idéologies (vaccination, sources du virus, etc.). On voit une tendance au changement des paradigmes, une montée de la droite qui a su utiliser avec brio la pandémie de la COVID-19 pour aller chercher une inquiétude dans la population : peut-on vraiment faire confiance à autrui ? On voit une tendance à la xénophobie, cette peur de l’étranger qui viendrait dans notre pays non pas pour y adopter les coutumes, mais bien pour y propager sa culture, pour y amener de nouvelles maladies, pour y voler les emplois des permanents et plus encore. Peut-on alors vraiment parler d’amour ou d’humour dans le monde en 2025 alors que la prévalence des troubles anxieux et de l’humeur n’a jamais autant été élevée au Canada (1), que plusieurs pays connaissent de l’instabilité politique chaque jour, dont maintenant la Corée du Sud, et que plusieurs pays se font la guerre au point d’en perdre la raison ? Peut-on vraiment dormir sur nos deux oreilles chaque soir en tant qu’étudiants de médecine choyés en sachant qu’en Afghanistan, présentement, les femmes perdent de plus en plus de droits et de libertés , ou encore qu’au Québec, en 2022, 14.7% des Québécois vivaient de l’insécurité alimentaire, et que cette tendance est à la hausse avec l’inflation ? (2).
Cette situation d’instabilité peut s’appliquer au Canada avec la démission de notre premier ministre M. Justin Trudeau. Celui-ci était au pouvoir depuis octobre 2015, d’abord en formant un gouvernement majoritaire avec 184 des 338 sièges disponibles (3), puis en formant un gouvernement minoritaire en 2019 et en 2021 avec respectivement 157 sièges et 160 sièges (4) (5). Notre « fighter » national perdait en popularité de plus en plus dans les derniers mois. On l’a remarqué au début avec la dissociation de l’entente politique entre le NPD et le PLC en septembre 2024, entente qui permettait à Justin Trudeau de gouverner comme s’il était majoritaire (6). On l’a aussi remarqué avec la Chambre des communes lourdement paralysée depuis la fin du mois de septembre 2024. On l’a surtout remarqué le 16 décembre dernier lorsque Mme Chrystia Freeland, ancienne vice-première ministre et ministre des Finances, a remis sa lettre de démission au cabinet libéral. Elle a reproché à Justin Trudeau de vouloir réduire les taxes et de remettre de l’argent aux citoyens alors que les États-Unis poursuivent présentement « une politique de nationalisme économique agressif » (7). Il n’aura fallu que 21 jours pour que notre ancien premier ministre annonce en direct qu’il renonce à son rôle. Cela implique un processus d’élections à l’intérieur du PLC afin de trouver rapidement un nouveau chef qui remplacera Justin Trudeau dans ses fonctions, mais aussi un gel parlementaire jusqu’au 24 mars prochain. Les partis d’opposition ne peuvent alors renverser le gouvernement et aucune loi ne pourra être votée durant cette période. Alors, depuis le 6 janvier 2025, le Parlement canadien est figé dans le temps ; il est alors impossible de faire avancer toute cause. Tous les experts semblent d’accord sur le fait qu’en mars prochain, il y aura motion de censure afin de faire tomber le gouvernement libéral en place, signifiant que nous nous retrouverions en élections fédérales. De surcroît, tous les chefs des partis adverses ont clairement mentionné ne pas vouloir travailler en collaboration avec le futur nouveau premier ministre. En ce qui concerne les élections intra-partis, les candidats favoris semblent être Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada, et ironiquement Chrystia Freenland (8).
En même temps, au Québec, on assiste aussi à un délaissement du gouvernement caquiste en place. Effectivement, en septembre 2024, le super-ministre Pierre Fitzgibbon a remis sa démission à François Legault. Il était « ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’énergie, ministre responsable du Développement économique régional et ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal », et ce, en plus d’être député de Terrebonne (10). Il était le pilier de la CAQ, celui en qui François Legault avait confiance. La problématique de cette démission est le moment ayant été choisi pour la remettre. De fait, cela faisait deux ans que Pierre Fitzgibbon travaillait sur le projet de loi 69 visant « la gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses dispositions législatives » (9) . Il devait la défendre en session parlementaire, mais a finalement remis sa démission une semaine plus tôt. Cela a causé de vives réactions chez les députés qui se demandaient comment Christine Fréchette, la successeur à Fitzgibbon, allait pouvoir répondre aux questions des députés alors qu’elle n’avait qu’une semaine pour s’approprier le massif projet de loi (10). De plus, pour certains, ils trouvaient étrange le moment de la démission avec la chute catastrophique de Northvolt. Cette compagnie suédoise productrice de batteries avait pour objectif de construire une méga-usine de lithium sur la Rive-Sud de Montréal, usine qui coûterait dans les alentours de 7 milliards de dollars. La compagnie a subi embûches après embûches, notamment par les retards de production et « le ralentissement de la demande des clients automobiles », jusque vers la fin novembre 2024, moment où elle s’est placée à l’abri de ses créanciers afin d’éviter la liquidation. À ce moment, Northvolt avait accumulé 5.84 milliards de dollars de dette (11). Heureusement, tout récemment, les actionnaires ont voté en faveur de la poursuite des activités. Dans tous les cas, cela a mené à un certain cynisme des gens envers la crédibilité du gouvernement Legault, en plus de divers autres facteurs, à être encore qualifié pour être à la tête du Québec. De fait, selon les projections électorales de fin 2024, si le Québec avait à entrer en élection, le Parti Québécois dominerait la course en remportant 70 sièges, sept de plus que le nombre nécessaire pour atteindre la majorité. Le PQ serait suivi du PLQ, puis de la CAQ. (12)
On se retrouve alors, en tant que simples jeunes adultes qui étudient en médecine, devant un premier ministre québécois ne répondant plus aux attentes de la population et un premier ministre canadien en attente d’un intérimaire et faisant face à de futures élections devancées par un vote de censure. Même dans le confort de notre pays développé, nous ne pouvons trouver stabilité et sécurité. Alors peut-on vraiment parler d’amour et d’humour dans le monde en 2025 ?
Bibliographie
1. Statistique Canada. Les troubles mentaux au Canada, 2022. [En ligne] 22 septembre 2023. https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/11-627-m/11-627-m2023053-fra.htm.
2. Fournier, François et Boucher, Geoffroy. L'insécurité alimentaire en hausse au Québec. Observatoire québécois des inégalités. [En ligne] 8 mai 2023. https://observatoiredesinegalites.com/linsecurite-alimentaire-en-hausse-au-quebec/.
3. Élections Canada 2015. Radio-Canada Info. [En ligne] 22 octobre 2019. https://ici.radio-canada.ca/info/dossier/40239/elections-canada-2015.
4. Élections Canada 2019. Radio-Canada. [En ligne] 22 octobre 2019. https://ici.radio-canada.ca/elections-canada-2019/resultats.
5. Élections Canada 2021. Radio-Canada. [En ligne] 2021 septembre 25. https://ici.radio-canada.ca/elections-canada-2021/resultats.
6. Blouin, Louis, Olivier, Fannie et Noël, Christian. Le NPD déchire l’entente avec le Parti libéral du Canada. Radio-Canada Info. [En ligne] 4 septembre 2024. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2101990/npd-fin-entente-parti-liberal-canada.
7. Martel, Éric. La lettre qui a mis le feu aux poudres. La Presse. [En ligne] 17 décembre 2024. https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2024-12-17/demission-de-chrystia-freeland/la-lettre-qui-a-mis-le-feu-aux-poudres.php.
8. La course à la chefferie du PLC prend forme. Le Devoir. [En ligne] 17 janvier 2025. https://www.ledevoir.com/politique/canada/833995/chrystia-freeland-plonge-tour-course-direction-plc?.
9. Labbé, Jérôme. Québec se donne les coudées franches pour produire davantage d’énergie. Radio-Canada Info. [En ligne] 6 juin 2024. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2078587/reforme-energetique-quebec-depot-projet-loi-fitzgibbon.
10. Le « superministre » Pierre Fitzgibbon démissionne. Radio-Canada Info. [En ligne] 3 septembre 2024. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2101722/pierre-fitzgibbon-demission-ministre.
11. Northvolt: les actionnaires donnent leur feu vert à la poursuite de l’activité . Les Affaires. [En ligne] 8 janvier 2025.https://www.lesaffaires.com/bourse/actualites-boursieres/northvolt-les-actionnaires-donnent-leur-feu-vert-a-la-poursuite-de-lactivite/.
12. Projection Qc125. Qc125.com - Analyses et projections électorales. [En ligne] 8 décembre 2024. https://qc125.com/.
13. Démission de Justin Trudeau - Relisez notre couverture en direct. La Presse. [En ligne] 6 janvier 2025.https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2025-01-06/demission-de-justin-trudeau/relisez-notre-couverture-en-direct.php.
14. Auger, Michel C. La " "bibitte" qui en menant large" s'en va. La Presse. [En ligne] 4 septembre 2024.https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2024-09-04/demission-de-pierre-fitzgibbon/la-bibitte-qui-en-menait-large-s-en-va.php.