Coup de coeur

Par Marie-Ève Truchon

Un jour se réveiller et chercher le

Scalpel.

Si tes yeux m’éraflent depuis l’heure

Mes pupilles embrassent le leurre

Et les cicatrices se forment à froid 

Alors moi

Je cherche le métal

Camoufle mon sang chaud


Face à face je te croise

Corps pour corps

Croire que tes mains ont le

Tropisme fort

Elles me cherchent, on dirait

Alors déjà mes petits doigts, agiles

Rapprochent la lame des vaisseaux, fragiles

Pour que mes phalanges se souillent des tiennes


Une folle expérience pédagogique

Se rapprocher des structures anatomiques

Pour assister à un pontage entamé mais, raté

Se dire qu’au moins j’aurai essayé de contourner les

Côtes brisées 

Entre la 2 et la 5

L’ecchymose se perd score

1 contre 3

Si mes lunettes roses d’autrefois

Ont l’hémophilie en fond d’œil

Alors elles amplifieront le pouls :

C’est simple, mon cœur a mangé un coup


Il n’y a rien à faire

Le diagnostic s’avère

Le myocarde est nécrosé

Les vaisseaux croches se sont soudés par mon

Souffle coupé

Moi j’ai tendu mes oreilles

Et on s’entend bien

S’il faut être presque pareils

Alors nous serons cliniciens

 

J’aseptise ma confiance

Apprends la résilience

Tu as le cœur à l’ouvrage et j’appréhende la

Deuxième ronde

Pourtant dans ma cage

Ce que je veux vraiment se voit, je crois

Oui mes ventricules fibrillent, deux à la fois

Et les nœuds s’emmêlent alors

Sors ta langue de ma poche et dis-moi pourquoi

Ça stagne


À tous les coups choisir la brèche

Il faut blâmer la déformation professionnelle

Un penchant pour le rationnel

Car si la pression baisse au moins le cœur

Bat

C’est un savoir que nous on possède

Déjà


Ça ne reste qu’un pur rêve de chirurgiens

Vouloir s’ouvrir à cœur ouvert et se percer en

Deux points

Juste pour s’apprendre à raccorder, souder

Ces plaies que j’arrive à filer

Mais qui n’ont jamais

Fondu

Car le temps n’est jamais venu

Et le sang est resté par en-dedans


Toujours je choisirai l’hémorragie interne

Une approche de réduction des méfaits

Car si mon cœur saigne, en vain

C’est que je sais aimer, au moins


Que veux-tu

Je suis romantique et aujourd’hui

C’est la Saint-Valentin.